Escudier (Gemini)
Mlle MAUPIN
Il y a une quinzaine d’années, Théophile Gautier, alors à ses débuts, fit paraître un livre étincelant de verve, de poésie et de style, qui, dès son apparition, obtint dans le monde littéraire un immense succès. Mademoiselle Maupin porte à un degré éminent ce cachet d’individualité qui distingue les œuvres du célèbre fantaisiste. Vraiment Théophile Gautier a eu une inspiration des plus heureuses en nous donnant le portrait en pied de cette femme étrange, exceptionnelle, dont la vie offre tout l’intérêt, toutes les séductions du roman le plus merveilleux. Quelle carrière incidentée que celle de Mademoiselle Maupin! Que d’anecdotes piquantes! Que d’aventures prodigieuses! Quelle exubérance de séve et de vie! Quels coups d’audace! Quels éclats de passion! Quels rayonnements d’intelligence!
Cette femme qui chantait comme une sirène, savait l’équitation comme un chevau-léger, se battait comme un mousquetaire noir; cette femme qui joignait à la figure d’un ange l’esprit d’un démon, est sans contredit un des types les plus curieux dont l’histoire nous ait transmis le souvenir. Être multiple, elle offre aux regards de l’observateur les traits les plus divers, les plus bizarres contrastes. Au premier abord vous êtes plus surpris que charmé à l’aspect de cette virago au ton impérieux, aux allures décidées, à la main prompte et sûre; mais voilà que tout à coup ces regards si menaçants s’adoucissent, cette voix si cruellement railleuse a de ravissantes inflexions; un sourire d’un charme ineffable vient effleurer ces lèvres qui naguère exprimaient la haine ou le dédain; en un mot, la femme reparaît avec sa grâce, sa douceur, ses exquises délicatesses. Charmante métamorphose dont n’approchent point les fictions les plus enchanteresses de l’antique mythologie.
Mademoiselle Maupin a singulièrement défrayé la verve des romanciers et des chroniqueurs. On lui a attribué une foule d’aventures fort originales sans doute, mais dont quelques-unes sont évidemment empreintes d’un caractère d’exagération. Un choix intelligent était nécessaire dans un travail historique tel que celui que nous avons entrepris.
Née en 1673, mademoiselle Maupin était fille d’un secrétaire du comte d’Armagnac, nommé Daubigny. Elle se maria fort jeune encore; son époux, ayant reçu une commission dans les aides en province, n’eut pas la précaution de l’emmener avec lui. Pendant son absence, elle fit connaissance avec un nommé Séranne, prévôt de la salle, qui en devint amoureux et lui apprit à faire des armes. Le maître et sa jeune élève se rendirent à Marseille, et entrèrent à l’Opéra de cette ville en qualité de chanteurs.
La nature avait doué mademoiselle Maupin d’une voix aussi belle que sympathique; malheureusement cette voix n’avait été perfectionnée par aucune méthode, par aucun enseignement suivi, et la jeune cantatrice se ressentit toujours de l’insuffisance de son éducation musicale. Elle rachetait d’ailleurs ces imperfections par un jeu naturel et expressif, un sentiment vrai des situations, et une flexibilité de talent qui lui permettait d’aborder avec un égal succès le genre sérieux et le genre comique.
Les œuvres de Lully étaient encore dans toute leur vogue et leur popularité; mademoiselle Maupin prêta à ces créations l’appui de sa vive intelligence, et son séjour à Marseille fut marqué par de brillantes ovations.
Mais une aventure fort singulière, scandaleuse même, et dont nous ne reproduirons pas ici les détails, obligea notre actrice à quitter cette ville. Peu de temps après, un caprice inexplicable la détermina à se réfugier dans un couvent. Quinze jours ne s’étaient pas écoulés, qu’elle était déjà horriblement ennuyée de la vie du cloître. Mais comment tromper la surveillance des supérieures? Voici l’expédient que lui suggéra sa féconde imagination: une nuit elle met le feu au couvent, et se sauve à la faveur du désordre occasionné par l’incendie.
A la suite de ces divers incidents, elle vint à Paris et fut reçue à l’Opéra. Elle débuta par le rôle de Pallas dans Cadmus en 1695. Le public l’applaudit avec transport. Pour lui en témoigner sa reconnaissance, elle se leva dans sa machine, ôta son casque, et salua l’assemblée, qui lui répondit par de nouveaux battements de mains. Elle continua de jouer avec succès dans Atys, Psyché, Armide, etc. Sous l’influence de son talent plein de verve et d’éclat, le répertoire de Lully prit une physionomie nouvelle; elle sut donner de l’intérêt et de la vie à ces chants parfois si décolorés, et jeta les bases de la réforme qui, quelques années après, devait s’accomplir dans notre opéra.
Après la retraite de mademoiselle Rochois, en 1698, elle partagea les premiers rôles avec mesdemoiselles Desmatins et Moreau, et parvint à éclipser entièrement ces deux cantatrices dont les débuts avaient produit à Paris une vive sensation.
C’est à cette époque que se rattachent quelques anecdotes qui indiqueront quelques côtés saillants de son caractère.
Mademoiselle Maupin prenait souvent le costume masculin pour se divertir ou se venger. Un acteur de l’Opéra, appelé Dumesnil, l’ayant insultée, elle l’attendit un soir, vêtue en cavalier, sur la place des Victoires, et voulut lui faire mettre l’épée à la main. Sur son refus, elle lui donna des coups de canne, et lui prit sa montre et sa tabatière. Dumesnil s’avisa le lendemain de conter son histoire à l’Opéra, mais en y ajoutant des circonstances de nature à mettre en relief sa prétendue bravoure.
« Figurez-vous, messieurs, disait Dumesnil, que j’ai été attaqué par trois vigoureux gaillards, dont l’un armé d’un pistolet menaçait de me brûler la cervelle. Désarmer ce misérable, le renverser à mes pieds et le mettre hors de combat, tout cela a été l’affaire de quelques secondes; ce que voyant, ses camarades se sont prudemment esquivés. »
Mademoiselle Maupin laissa parler Dumesnil, puis le toisant d’un air dédaigneux:
« Tu en as menti, s’écria-t-elle; tu n’es qu’un lâche et un poltron; tu n’as pas été attaqué par plusieurs personnes; c’est moi qui seule ai fait le coup, et pour preuve de ce que je te dis, voici ta montre et ta tabatière que je te rends. » Dumesnil fut couvert de confusion.
Dans un bal donné au Palais-Royal par Monsieur (Philippe, duc d’Orléans), mademoiselle Maupin, déguisée en homme, tint à une jeune dame des propos inconvenants. Trois amis de cette dame en demandèrent raison. Mademoiselle Maupin sortit sans hésiter, mit l’épée à la main et les tua tous trois. Elle rentra froidement dans le bal, et se fit connaître à Monsieur, qui obtint sa grâce.
Cette anecdote est reproduite par M. Fétis, dans sa Biographie des Musiciens.
Elle allait souvent au foyer de l’Opéra sous son costume masculin, se mêlant aux groupes des grands seigneurs, des gens de lettres, des artistes et des étrangers de distinction qui venaient débiter ou recueillir dans ce salon les nouvelles du jour. Voici une aventure qui fait honneur à ses sentiments et à son caractère.
Parmi les habitués du foyer se trouvait un certain baron de Servan, gentilhomme périgourdin d’une noblesse assez douteuse, type accompli d’impertinence et de fatuité. Taillé en Hercule, le verbe haut, querelleur, spadassin, de Servan avait toutes les allures d’un tranche-montagne. Sa conversation, qui n’était qu’une série de chroniques scandaleuses, roulait habituellement sur ses prétendues bonnes fortunes, dont le nombre, à l’en croire, était prodigieux. - Un soir qu’il énumérait ses équipées galantes, il lui arriva de parler fort lestement d’une jeune personne appartenant au corps de ballet, mademoiselle Pérignon, dont la conduite irréprochable avait constamment défié la calomnie. Les propos du baron soulevèrent de vives clameurs parmi les personnes présentes; mais, malgré les marques non équivoques de désapprobation soulevées par ses paroles, de Servan n’en persista pas moins, avec un aplomb imperturbable dans les assertions qu’il avait si témérairement hasardées. Pendant toute cette conversation, mademoiselle Maupin, blottie dans un coin du foyer, resta silencieuse et immobile. Elle laissa le baron parler à son aise; puis, s’avançant tout à coup et se redressant avec fierté :
— En vérité, s’écria-t-elle, j’admire la patience de ces messieurs. Vos insolents et stupides mensonges méritent, non pas une réfutation, mais un châtiment prompt et exemplaire. Vous êtes un infâme menteur, c’est moi qui vous le dis.
— Eh! qui donc êtes-vous, monsieur, pour me parler ainsi? dit le baron frémissant de colère.
— Le chevalier de Raincy, gentilhomme plus que vous, et prêt à vous donner une bonne leçon, répondit la Maupin en jetant sur de Servan un regard plein de mépris.
La leçon fut bonne en effet. Le baron eut le bras cassé d’un coup de pistolet, et l’amputation fut jugée indispensable. Représentez-vous sa confusion lorsqu’il apprit qu’il avait été mis hors de combat par une femme. L’atteinte portée à sa réputation était irréparable. Il se retira dans ses terres du Périgord et ne reparut plus à Paris.
La conduite que mademoiselle Maupin avait tenue dans cette occasion lui valut, de la part de tous ses camarades, les félicitations les plus sympathiques, et sa réapparition à l’Opéra quelques jours après cet incident fut un véritable triomphe.
Parvenue à l’apogée de sa réputation, mademoiselle Maupin quitta notre scène lyrique pour se rendre à Bruxelles, où l’appelait un magnifique engagement. La capitale de la Belgique comptait un grand nombre de dilettantes, d’hommes de goût et d’étrangers de distinction. L’on y appréciait chaque jour davantage nos arts et notre littérature, et l’opéra français commençait à s’y naturaliser. Qu’on juge donc de l’immense sensation que dut produire une cantatrice qui joignait aux séductions du talent et de la beauté le prestigieux éclat des aventures les plus merveilleuses. Son apparition au théâtre souleva les plus frénétiques applaudissements.
Les hommes les plus considérables par leur position sociale rivalisèrent de soins pour lui faire agréer leurs hommages. L’électeur de Bavière l’emporta sur ses rivaux. Mais au bout de quelques mois, ce prince se dégoûta de sa brillante conquête, et mademoiselle Maupin se vit sacrifiée à la comtesse d’Arcos, une grande dame d’une beauté vulgaire, mais prodigieusement spirituelle, intrigante et coquette. En rompant avec la célèbre cantatrice, l’électeur de Bavière lui envoya une bourse de quarante mille livres avec ordre de sortir de Bruxelles; et, chose étrange, le comte d’Arcos lui-même se chargea de porter l’ordre et le présent. Mademoiselle Maupin, le toisant d’un regard dédaigneux, prit la bourse et la lui jeta à la tête, en lui disant que c’était une récompense digne d’un... monsieur tel que lui.
Obligée de quitter la Belgique, elle chercha un refuge en Espagne. Les pittoresques et merveilleux récits qu’elle avait entendu faire sur cette contrée plaisaient singulièrement à son imagination, et elle avait lieu de croire qu’il y avait là pour une artiste de son talent tous les éléments de succès désirables. Mais ses prévisions furent cruellement trompées; le théâtre espagnol, envahi par d’insipides productions, ne lui offrait pas le moyen de se produire avec avantage. Elle repoussa, par amour de l’art, les propositions que lui firent plusieurs impresarii, sacrifice d’autant plus douloureux, qu’elle avait à peu près épuisé ses dernières ressources.
Dans cette extrémité, elle se résigna à accepter le modeste emploi de femme de chambre auprès de la comtesse Marino, dont le mari était alors ministre auprès de Sa Majesté catholique. S’il faut en croire les chroniqueurs, le caractère de cette dame était excessivement difficile et capricieux. La soubrette souffrit longtemps sans murmurer; enfin, n’y pouvant plus tenir, elle prit le parti de résigner ses pénibles fonctions. Mais avant de s’éloigner, elle se vengea par une de ces espiégleries que lui fournissait son imagination féconde et ingénieuse.
Laissons parler à ce sujet un des plus spirituels biographes de mademoiselle Maupin:
« Un jour elle avait à coiffer la **comtesse de *** pour un bal à la cour. Elle prend à l’office une demi-douzaine de petits radis roses avec leurs feuilles, les traverse de grandes épingles noires, et tout en coiffant la comtesse, lui plante, sans qu’elle s’en doute, les petits radis derrière la natte du chignon; elle avait avec ça deux touffes de marabouts blancs par devant.
— Ah! ma chère petite, dit-elle en se mirant dans sa glace, je suis joliment bien coiffée ce soir; vous vous êtes surpassée.
— Madame, lui dit mademoiselle Maupin, ce n’est qu’au bal que vous jugerez de l’effet de votre coiffure.
Là-dessus la comtesse part toute seule; le ministre était malade; elle arrive au bal au bout d’un quart d’heure, on faisait queue pour venir la voir.
— Mon Dieu, madame, disait l’un, que vous avez là une coiffure printanière, jardinière, je me permettrai même de dire maraîchère!
— Ah! madame, disait un autre, elle est à croquer votre coiffure.
— Ah! monsieur, disait la comtesse en se pâmant de l’effet de ses marabouts.
Enfin un de ses amis eut assez de franchise pour lui dire qu’elle était d’un ridicule achevé, et que sa soubrette avait voulu sans doute lui jouer un mauvais tour. Jugez de l’exaspération de la comtesse. Les chuchotements, les quolibets, les éclats de rire redoublaient de moment en moment et lui donnaient le vertige. Rouge de honte, suffoquée par la rage, elle quitta le bal. Rentrée dans son hôtel, elle n’y trouva plus sa femme de chambre, qui s’était prudemment esquivée. »
Mademoiselle Maupin revint à Paris, et reparut sur la scène de l’Opéra; mais cette réapparition n’excita pas l’enthousiasme qu’avaient soulevé ses débuts. Le public fut froid, réservé, sévère; cependant l’artiste n’avait perdu aucun de ses avantages qui lui valaient naguère tant d’admirateurs. Sa
figure toute sa fraîcheur, son jeu toute son animation, sa voix toute sa puissance. Rien donc ne semblait justifier en apparence le froid accueil dont elle fut l’objet; toutefois ce changement s’explique de la façon la plus naturelle.
Pendant l’absence de mademoiselle Maupin, de profondes modifications s’étaient opérées dans le goût du public; son intelligence musicale s’était développée, il avait vu se produire sur la scène lyrique de nouveaux sujets, et il était devenu plus exigeant parce qu’il pouvait comparer davantage. Avec sa voix dépourvue de méthode, ses allures cavalières, son jeu plein d’énergie, mais où les nuances de la passion n’étaient pas toujours nettement accusées, mademoiselle Maupin n’était plus en harmonie avec les dispositions d’un auditoire qui commençait à apprécier la tenue, la distinction, les fortes études et toutes les exquises délicatesses de l’art. Toutefois elle eut le courage de lutter contre l’indifférence publique, et ne quitta définitivement l’Opéra qu’en 1705, à l’âge de trente-deux ans.
L’insuffisance de son éducation musicale est attestée par son propre témoignage. Nous lisons à ce sujet, dans une de ses lettres, de curieuses révélations. Elle raconte en ces termes un des premiers incidents de sa carrière d’artiste :
« Après avoir quitté Marseille, je chantais dans les cabarets des villes où je passais. Quoique mon public fût assez grossier, je tâchais de donner à ma voix, à mon accent, à ma physionomie le plus d’expression possible. Tout devenait ainsi pour moi un sujet d’étude et d’observation sur les moyens de captiver, d’émouvoir les spectateurs. J’essayai même de composer les paroles et les airs de quelques chansonnettes qui furent assez goûtées de mon auditoire en plein vent. Préoccupée du seul but où tendaient toutes mes pensées, j’étais à peine sensible à la dure pauvreté, aux dégoûts que m’imposait mon vagabondage.
Le hasard m’ayant amenée à Poitiers, un soir je chantais dans un cabaret d’assez bas étage ; je me trouvais en voix, mon succès fut très grand. Parmi les auditeurs, je remarquai un homme de cinquante ans environ, d’une figure très intelligente, mais dont la couleur empourprée trahissait son ivrognerie d’une lieue. L’aspect de ce personnage me frappa d’autant plus, qu’il était vêtu d’une façon bizarre. Son mauvais habit laissait entrevoir une espèce de vieux justaucorps de velours bleuâtre éraillé, où se voyaient les vestiges de quelques anciennes broderies. Cet individu, qui usait ainsi à la ville sa défroque de théâtre, était un vieux comédien de province. Son ivrognerie continuelle l’avait fait dernièrement expulser du théâtre de la ville ; on l’appelait Maréchal. Doué d’un esprit naturel, très gai, très bon convive, les oisifs se le disputaient. Aussi était-il toujours entre deux vins, à moins qu’il ne fût complètement ivre.
Maréchal, après m’avoir écoutée chanter avec beaucoup d’attention, ne m’applaudit pas, mais vint à moi et me dit : “Je suis un vieux routier ; je me connais en voix et en talent. Si tu veux, ma petite, avant quatre ou cinq ans, tu seras première chanteuse à l’Opéra de Paris. Je te donnerai des leçons ; je n’ai rien à faire… ça m’amusera.”
J’acceptai avec reconnaissance.
Maréchal était bon musicien, surtout comédien consommé. Personne mieux que lui ne connaissait les innombrables ressources de son art, depuis les effets du comique le plus franc jusqu’aux effets dramatiques les plus élevés. Pourquoi cet homme d’une si haute intelligence était-il devenu et resté médiocre chanteur d’opéra ? c’est une de ces contradictions aussi choquantes qu’inexplicables.
J’acceptai donc l’œuvre de Maréchal. Il fut pour moi dans ses leçons d’une sévérité, d’une dureté presque brutale ; mais dans les moments lucides que lui laissait l’ivresse, il me donna des enseignements qui furent pour moi une véritable révélation. Malheureusement ces inestimables leçons eurent un terme. De plus en plus dominé par l’ivresse, Maréchal tomba dans un abrutissement qui devint presque de l’idiotisme. On fit acte de générosité en le plaçant dans un asile destiné aux malheureux de cette espèce.
Plusieurs fois il m’avait conseillé de me rendre à Paris, et de tâcher de me faire accepter, à quel prix que ce fût, dans un petit théâtre, certain, disait-il, qu’une fois casée n’importe où, et si je continuais à travailler, je finirais par me faire connaître. Je partis donc de Poitiers pour venir à Paris, continuant de gagner mon pain en chantant sur ma route.
Deux mois après je débutais à l’Opéra. Ainsi les prévisions de Maréchal furent tout à coup dépassées. »
Mlle MAUPIN
About fifteen years ago, Théophile Gautier, then at the beginning of his career, published a book sparkling with wit, poetry, and style, which, from its very appearance, achieved immense success in the literary world. Mademoiselle Maupin bears to an eminent degree that stamp of individuality which distinguishes the works of the celebrated fantasist. Truly, Théophile Gautier had the most fortunate inspiration in giving us the full-length portrait of this strange, exceptional woman, whose life offers all the interest, all the seductions of the most marvelous novel. What an eventful career that of Mademoiselle Maupin was! What piquant anecdotes! What prodigious adventures! What an exuberance of vital sap and life! What acts of daring! What bursts of passion! What radiance of intelligence!
This woman who sang like a siren, knew horsemanship like a light-horseman, fought like a Black Musketeer; this woman who joined the face of an angel to the spirit of a demon, is undoubtedly one of the most curious types whose memory history has transmitted to us. A multiple being, she offers to the observer’s eye the most diverse features, the most bizarre contrasts. At first glance, you are more surprised than charmed by the sight of this virago with her imperious tone, decided manner, and prompt, sure hand; but suddenly those menacing looks soften, that cruelly mocking voice takes on enchanting inflections; a smile of ineffable charm comes to graze those lips which but recently expressed hatred or disdain; in a word, the woman reappears with her grace, her sweetness, her exquisite delicacies. A charming metamorphosis that even the most enchanting fictions of ancient mythology do not approach.
Mademoiselle Maupin has singularly indulged the fancy of novelists and chroniclers. She has been credited with a host of adventures, undoubtedly very original, but some of which are clearly marked by a character of exaggeration. An intelligent selection was necessary in a historical work such as the one we have undertaken.
Born in 1673, Mademoiselle Maupin was the daughter of a secretary to the Count d’Armagnac, named Daubigny. She married while still very young; her husband, having received a commission in the provincial excise offices (aides), did not take the precaution of bringing her with him. During his absence, she made the acquaintance of a man named Séranne, provost of the hall, who fell in love with her and taught her to fence. The master and his young pupil travelled to Marseille and joined the Opera of that city as singers.
Nature had endowed Mademoiselle Maupin with a voice as beautiful as it was appealing; unfortunately, this voice had not been perfected by any method, nor by any sustained teaching, and the young singer always suffered from the inadequacy of her musical education. However, she redeemed these imperfections through a natural and expressive performance, a true feeling for the dramatic situations, and a flexibility of talent which allowed her to tackle both serious and comic genres with equal success.
The works of Lully were still fully in vogue and popular; Mademoiselle Maupin lent the support of her keen intelligence to these creations, and her stay in Marseille was marked by brilliant ovations.
But a very singular, even scandalous adventure—the details of which we will not reproduce here—forced our actress to leave that city. A short time later, an inexplicable whim determined her to take refuge in a convent. Barely fifteen days had passed before she was already horribly bored with cloistered life. But how could she evade the supervision of the superiors? Here is the expedient suggested by her fertile imagination: one night she set fire to the convent, and escaped under cover of the disorder caused by the blaze.
Following these various incidents, she came to Paris and was accepted at the Opéra. She debuted in the role of Pallas in Cadmus in 1695. The public applauded her rapturously. To show her gratitude, she rose in her stage machine, removed her helmet, and saluted the assembly, which responded with renewed clapping. She continued to perform successfully in Atys, Psyché, Armide, etc. Under the influence of her brilliant and vibrant talent, Lully’s repertoire took on a new vitality; she knew how to give interest and life to those sometimes colorless songs, and laid the groundwork for the reform that was to be accomplished in our opera a few years later.
After the retirement of Mademoiselle Rochois in 1698, she shared the leading roles with Mesdemoiselles Desmatins and Moreau, and managed to completely overshadow these two singers whose debuts had made a strong impression in Paris.
It is to this period that several anecdotes are attached, which highlight some prominent aspects of her character.
Mademoiselle Maupin often donned masculine attire to amuse herself or to seek revenge. An actor at the Opéra, named Dumesnil, having insulted her, she waited for him one evening, dressed as a cavalier, on the Place des Victoires, and demanded that he draw his sword. Upon his refusal, she struck him with her cane, and took his watch and his snuffbox. The next day, Dumesnil took it upon himself to recount his story at the Opéra, but added circumstances designed to emphasize his supposed bravery.
“Imagine, gentlemen,” Dumesnil was saying, “that I was attacked by three vigorous fellows, one of whom was armed with a pistol and threatened to blow out my brains. Disarming that wretch, throwing him at my feet, and putting him out of action—all of that was the work of mere seconds; seeing this, his comrades prudently slipped away.”
Mademoiselle Maupin let Dumesnil speak, then, sizing him up with a disdainful air:
“You are a liar,” she cried out; “you are nothing but a coward and a poltroon; you were not attacked by several people; it was I alone who carried out the deed, and as proof of what I tell you, here is your watch and your snuffbox, which I return to you.” Dumesnil was covered in confusion.
At a ball given at the Palais-Royal by Monsieur (Philippe, Duke of Orléans), Mademoiselle Maupin, disguised as a man, made indecent remarks to a young lady. Three friends of this lady demanded satisfaction. Mademoiselle Maupin went out without hesitation, drew her sword, and killed all three of them. She returned coolly to the ball and made herself known to Monsieur, who obtained her pardon.
This anecdote is reproduced by M. Fétis in his Biographie des Musiciens.
She often went to the Opéra Green Room (foyer) in her masculine attire, mingling with groups of great lords, men of letters, artists, and distinguished foreigners who came to dispense or gather the day’s news in this salon. Here is an adventure that honors her sentiments and her character.
Among the regulars of the Green Room was a certain Baron de Servan, a gentleman from Périgord whose nobility was rather dubious, a perfect model of impertinence and conceit. Built like a Hercules, loud-voiced, quarrelsome, and a swaggering bully (spadassin), de Servan had all the mannerisms of a boaster (tranche-montagne). His conversation, which was nothing but a series of scandalous chronicles, usually revolved around his supposed romantic conquests, the number of which, if he was to be believed, was prodigious. - One evening, while enumerating his gallant escapades, he happened to speak very lightly of a young woman belonging to the ballet corps, Mademoiselle Pérignon, whose irreproachable conduct had constantly defied slander. The Baron’s remarks raised loud protests among those present; but, despite the unequivocal signs of disapproval stirred by his words, de Servan nevertheless persisted, with imperturbable self-assurance, in the assertions he had so rashly ventured. Throughout this conversation, Mademoiselle Maupin, huddled in a corner of the Green Room, remained silent and motionless. She let the Baron speak at his leisure; then, suddenly stepping forward and drawing herself up proudly:
“Truly,” she cried out, “I admire the patience of these gentlemen. Your insolent and stupid lies deserve, not a refutation, but a swift and exemplary punishment. You are an infamous liar, and I tell you so myself.”
“And who are you, sir, to speak to me like that?” said the Baron, trembling with anger.
“The Chevalier de Raincy, a gentleman more than you, and ready to give you a good lesson,” replied La Maupin, throwing a look full of contempt at de Servan.
The lesson was good indeed. The Baron had his arm broken by a pistol shot, and amputation was deemed essential. Imagine his confusion when he learned that he had been put out of action by a woman. The blow to his reputation was irreparable. He retired to his estates in Périgord and never reappeared in Paris.
The conduct Mademoiselle Maupin had displayed on this occasion earned her the warmest congratulations from all her colleagues, and her reappearance at the Opéra a few days after this incident was a true triumph.
Having reached the pinnacle of her reputation, Mademoiselle Maupin left our lyric stage to go to Brussels, where a magnificent engagement called her. The capital of Belgium numbered a great many dilettantes, men of taste, and distinguished foreigners. Our arts and literature were increasingly appreciated there, and French opera was beginning to be naturalized. One can therefore judge the immense sensation that must have been produced by a singer who combined the allure of talent and beauty with the dazzling brilliance of the most marvelous adventures. Her appearance at the theatre drew the most frantic applause.
The most notable men by virtue of their social position competed in their efforts to win her favor. The Elector of Bavaria prevailed over his rivals. But after a few months, this prince grew tired of his brilliant conquest, and Mademoiselle Maupin saw herself sacrificed to the Countess d’Arcos, a great lady of vulgar beauty, but prodigiously witty, intriguing, and flirtatious. In breaking off with the celebrated singer, the Elector of Bavaria sent her a purse of forty thousand livres with the order to leave Brussels; and, strangely enough, the Count d’Arcos himself was tasked with delivering the order and the gift. Mademoiselle Maupin, viewing him with a disdainful look, took the purse and threw it at his head, telling him that it was a reward worthy of a... gentleman such as himself.
Obliged to leave Belgium, she sought refuge in Spain. The picturesque and marvelous accounts she had heard about that country singularly appealed to her imagination, and she had reason to believe that it offered an artist of her talent all the desirable elements for success. But her expectations were cruelly disappointed; the Spanish theatre, overrun by insipid productions, did not offer her the means to perform to her advantage. Out of love for her art, she rejected the proposals made to her by several impresarii—a sacrifice all the more painful since she had almost exhausted her last resources.
In this extremity, she resigned herself to accepting the humble position of a chambermaid for the Countess Marino, whose husband was then minister to His Catholic Majesty. If the chroniclers are to be believed, this lady’s character was excessively difficult and capricious. The maid suffered for a long time without murmuring; finally, unable to endure it any longer, she decided to resign her painful duties. But before leaving, she took her revenge with one of those pranks provided by her fertile and ingenious imagination.
Let one of Mademoiselle Maupin’s most witty biographers tell the tale:
“One day she had to style the hair of the **Countess de *** for a court ball. She took from the pantry half a dozen small pink radishes with their leaves, passed large black pins through them, and while styling the Countess’s hair, she planted the small radishes behind her chignon braid, without her noticing; she also had two tufts of white marabou feathers in the front.
“Ah! my dear girl,” she said, looking at herself in the mirror, “I am beautifully styled tonight; you have surpassed yourself.”
“Madam,” said Mademoiselle Maupin, “it is only at the ball that you will judge the effect of your hairstyle.”
Thereupon the Countess left alone; the minister was ill; she arrived at the ball after fifteen minutes, and people were forming a line to come and see her.
“My God, madam,” said one person, “what a spring-like, garden-like, I would even venture to say market-gardener-like coiffure you have there!”
“Ah! madam,” said another, “your hairstyle is good enough to eat.”
“Ah! sir,” said the Countess, fainting with delight at the effect of her marabou feathers.
Finally, one of her friends was frank enough to tell her that she was utterly ridiculous, and that her maid had undoubtedly intended to play a trick on her. Judge the Countess’s exasperation. The whispers, the jokes, the bursts of laughter redoubled from moment to moment and made her dizzy. Red with shame, suffocating with rage, she left the ball. Back at her hotel, she no longer found her chambermaid, who had prudently slipped away.”
Mademoiselle Maupin returned to Paris and reappeared on the stage of the Opéra; but this reappearance did not excite the enthusiasm that her debut had aroused. The public was cold, reserved, and severe; yet the artist had lost none of the advantages that had earned her so many admirers shortly before. Her
face retained all its freshness, her performance all its animation, her voice all its power. Nothing, therefore, seemed outwardly to justify the cold reception she received; however, this change is explained in the most natural way.
During Mademoiselle Maupin’s absence, profound changes had occurred in public taste; its musical intelligence had developed, it had seen new talents emerge on the lyric stage, and it had become more demanding because it had more to compare. With her voice lacking method, her cavalier mannerisms, and her performance full of energy but where the nuances of passion were not always clearly expressed, Mademoiselle Maupin was no longer in harmony with the mood of an audience that was beginning to appreciate poise, distinction, rigorous study, and all the exquisite delicacies of art. Nonetheless, she had the courage to fight against public indifference, and did not definitively leave the Opéra until 1705, at the age of thirty-two.
The inadequacy of her musical education is attested by her own testimony. We read curious revelations on this subject in one of her letters. She recounts one of the first incidents of her career as an artist in these terms:
“After leaving Marseille, I sang in the taverns of the towns I passed through. Although my audience was quite coarse, I tried to give my voice, my delivery, and my expression as much feeling as possible. Everything thus became for me a subject of study and observation on the means of captivating and moving spectators. I even tried to compose the lyrics and tunes for a few little songs that were quite appreciated by my rough-and-tumble audience. Focused on the sole goal toward which all my thoughts tended, I was barely sensitive to the harsh poverty and the hardships that my wandering life imposed on me.
Chance having brought me to Poitiers, I was singing one evening in a rather low-class tavern; I was in good voice, and my success was very great. Among the listeners, I noticed a man of about fifty, with a very intelligent face, but whose crimson color betrayed his drunkenness from a mile away. The appearance of this individual struck me all the more because he was dressed in a bizarre manner. His shabby coat allowed a glimpse of a kind of old, worn justaucorps of bluish velvet, on which the traces of some old embroidery could be seen. This individual, who was thus wearing his theatrical cast-off clothes in town, was an old provincial actor. His continuous drunkenness had recently caused him to be expelled from the city theater; he was called Maréchal. Gifted with a natural wit, very cheerful, and a very good drinking companion, the idlers fought over him. Thus, he was always half-drunk, unless he was completely intoxicated.
Maréchal, after listening to me sing with great attention, did not applaud, but came up to me and said: ‘I am an old road-dog; I know a voice and talent when I hear them. If you want, my little one, in four or five years, you will be the prima donna at the Paris Opéra. I will give you lessons; I have nothing to do… it will amuse me.’
I accepted with gratitude.
Maréchal was a good musician, and above all, a consummate actor. No one knew better than he the countless resources of his art, from the effects of the frankest comedy to the most elevated dramatic effects. Why did this man of such high intelligence become and remain a mediocre opera singer? It is one of those contradictions that is as shocking as it is inexplicable.
I therefore accepted Maréchal’s instruction. In his lessons, he was of an almost brutal severity and harshness toward me; but in the lucid moments that sobriety allowed him, he gave me teachings that were a genuine revelation for me. Unfortunately, these invaluable lessons came to an end. Increasingly dominated by drink, Maréchal fell into a state of mental degradation that became almost idiocy. An act of generosity was performed by placing him in an asylum intended for the unfortunate of that kind.
Several times he had advised me to go to Paris and try to get accepted, at whatever cost, into a small theater, certain, he said, that once I was settled anywhere, and if I continued to work, I would end up making myself known. So I left Poitiers to come to Paris, continuing to earn my bread by singing on my route.
Two months later, I made my debut at the Opéra. Thus, Maréchal’s predictions were suddenly surpassed.”